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Que pouvons-nous cesser de faire?

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On nous dit constamment ce que nous devons faire en plus de ce que nous faisons déjà en enseignement. On nous ajoute des tâches à chaque fois qu’un nouveau programme-cadre paraît, à chaque nouvelle année, à presque chaque rencontre du personnel. Des nouveaux projets, des nouvelles technologies, des nouvelles façons de faire avec des nouvelles ressources.

Si nous devons ajouter toutes ces tâches à notre charge de travail, est-ce possible qu’il y ait des choses que nous puissions CESSER de faire?

Oui. Il y a des choses que nous pouvons définitivement cesser de faire dans l’enseignement. Bien qu’il y ait de nombreuses choses que nous pouvons cesser de faire, je vais énumérer les trois que je crois être les plus urgentes.

Les élèves, c’est-à-dire les êtres humains, sont nés avec une curiosité naturelle. Émerveillés par le monde qui les entoure et les visages des autres personnes dès la naissance, les êtres humains veulent ardemment voir, toucher, goûter tout ce qu’ils peuvent. Les bébés mettent tout dans la bouche, les enfants posent des milliers de questions, incluant le fameux « pourquoi » (question qui peut parfois exaspérer ses parents tellement elle est fréquente!). Les êtres humains sont des apprenants naturels et ce qui les motive est leur curiosité.

Que pouvons-nous cesser de faire? En tant qu’enseignants, nous pouvons cesser de leur expliquer avec des leçons magistrales et de l’enseignement explicite tout ce que nous pensons qu’ils devraient savoir. Nous pouvons également cesser de leur fournir toute l’information qu’ils ont besoin d’avoir pour faire un projet, incluant les consignes et le format. Nous pouvons cesser de leur donner l’impression que toute l’information importante viendra de nous et qu’il vaut mieux écouter que découvrir.

En d’autres mots, nous pouvons cesser de tuer leur curiosité.

Les élèves, ou plutôt les jeunes personnes, ont une créativité innée et une imagination fertile. Elles s’inventent des amis là où elles n’en ont pas. Elles se construisent des forts avec des coussins et des draps, elles font parler des poupées, des camions et des oursons. Elles improvisent des chansons dans leurs lits à l’heure du dodo. Elles racontent des histoires impossibles et invraisemblables et merveilleuses.

Que pouvons-nous cesser de faire?En tant qu’enseignantes, nous pouvons cesser de leur donner des pages à colorier avec des couleurs préétablies. Nous pouvons également cesser de leur dire que leurs idées sont un peu farfelues ou irréalistes. Nous pouvons cesser d’accorder plus d’importance à l’évaluation qu’à l’apprentissage. Nous pouvons cesser d’ignorer les idées dans leur écriture en faveur de corriger seulement la grammaire et l’orthographe. Nous pouvons cesser de leur dire d’arrêter de rêvasser et de porter attention lorsqu’ils sont clairement ennuyés non pas par la matière, mais par notre approche à la matière.

En d’autres mots, nous pouvons cesser de tuer leur créativité.

Les élèves, ou devrais-je dire les enfants, prennent naturellement des risques. Ils grimpent des arbres sans se préoccuper du danger possible. Ils essaient des choses sans savoir si le succès est garanti et ils apprennent de leurs nombreuses faillites sans se décourager. Leur résilience et leur désir de s’améliorer leur permettent, la plupart du temps, de rebondir et de réessayer sans encouragement. Ils peuvent vivre principalement de la motivation intrinsèque d’avoir accompli ce qu’ils se sont proposés de faire.

Que pouvons-nous cesser de faire?En tant qu’enseignantes et enseignants, nous pouvons cesser d’utiliser l’évaluation pour classer, trier et punir les élèves. Nous pouvons cesser, également, d’exiger que les élèves se conforment à notre façon de faire s’ils ont une autre manière qu’ils voudraient essayer. Nous pouvons cesser de faire le calcul de leurs notes de sorte que les évaluations faites avant qu’ils aient compris un concept figurent dans le calcul de leur note une fois qu’ils ont compris ce concept et peuvent le démontrer. Nous pouvons même cesser de les empêcher de commettre des erreurs et leur laisser en commettre (et voir les erreurs des autres) pour ensuite leur montrer comment ces erreurs peuvent mener à des apprentissages encore plus riches.

En d’autres mots, nous pouvons cesser de tuer leur vouloir de prendre des risques.

Il est rare l’élève qui émerge du système éducatif encore aussi curieux, aussi créatif et aussi voulant de prendre des risques qu’avant qu’il ne soit entré. Est-ce possible de mieux comprendre comment encourager ces qualités humaines qui nous ont si bien servies comme espèce? Si ce n’est pas possible de les encourager, pouvons-nous au moins cesser de les décourager?

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